Asservissement et Régulation
Systèmes Linéaires Asservis
Modélisation, analyse de stabilité, performances et correction des systèmes de contrôle automatique.
Mise en équations des asservissements linéaires
Problématique générale — Boucle ouverte / fermée — Modélisation — Transformée de Laplace
Introduction générale — Problématique
L'automatique est la science du contrôle et de la régulation des systèmes dynamiques. Son objectif fondamental est de faire en sorte qu'une grandeur physique (position, vitesse, température, pression…) suive une consigne désirée avec précision, rapidité et stabilité, en dépit des perturbations extérieures et des incertitudes du modèle.
Un asservissement (ou système en boucle fermée) est un dispositif automatique dans lequel la grandeur de sortie y(t) est mesurée et comparée en permanence à la grandeur de consigne r(t), afin de minimiser l'écart entre les deux et corriger toute déviation causée par des perturbations.
La mise en équations repose sur trois outils fondamentaux :
Équations différentielles
Modèle temporel du système physique (lois de Newton, Kirchhoff…). Elles décrivent l'évolution de la sortie y(t) en fonction de l'entrée u(t).
Transformée de Laplace
Transforme les équations différentielles en équations algébriques dans le domaine complexe s. Simplifie considérablement les calculs.
Fonction de transfert
Rapport Y(s)/U(s) dans le domaine de Laplace, valable pour un système linéaire, continu, invariant dans le temps (SLCI) à conditions initiales nulles.
Rappels — Transformée de Laplace & Propriétés clés
La transformée de Laplace est l'outil central de la mise en équations des asservissements. Elle transforme une fonction du temps f(t) en une fonction du complexe F(s), où s = σ + jω est la variable de Laplace.
Les propriétés les plus utilisées en automatique sont :
| Propriété | Domaine temporel | Domaine de Laplace | Intérêt |
|---|---|---|---|
| Dérivation | df/dt | s·F(s) − f(0⁺) | Convertit les EDO en équations algébriques en s |
| Intégration | ∫₀ᵗ f(τ)dτ | F(s)/s | Un intégrateur ↔ un pôle en s=0 |
| Linéarité | αf + βg | αF(s) + βG(s) | Superposition des effets |
| Retard pur | f(t − τ) | e^{−τs}·F(s) | Modélisation des retards de transport |
| Val. initiale | f(0⁺) | lim s→∞ s·F(s) | Comportement initial du système |
| Val. finale | lim t→∞ f(t) | lim s→0 s·F(s) | Calcul de l'erreur statique ε∞ |
Pour un système du 1er ordre régi par τ·ẏ + y = K·u, en appliquant Laplace (CI nulles) : τ·s·Y(s) + Y(s) = K·U(s), d'où la fonction de transfert : H(s) = Y(s)/U(s) = K / (1 + τs). C'est un système à gain statique K et constante de temps τ.
Représentation par schéma-blocs — Règles de base
Le schéma-blocs est une représentation graphique des relations causales entre les signaux d'un système. Chaque bloc représente une fonction de transfert, les flèches les signaux (causes et effets). Trois opérations élémentaires permettent de construire tout schéma :
Grâce à ces règles, on peut réduire tout schéma-blocs à une seule fonction de transfert équivalente. La mise en série donne un produit, la mise en parallèle donne une somme, et la boucle de retour produit la formule fondamentale de Mason.
Commande en boucle ouverte — Modélisation & Limites
Dans la commande en boucle ouverte, l'action de commande u(t) est calculée uniquement à partir de la consigne r(t), sans aucune mesure de la sortie réelle y(t). Le procédé agit en "aveugle".
La fonction de transfert en boucle ouverte est simplement :
- ✕Sensibilité aux perturbations : toute perturbation d(t) se répercute directement sur la sortie sans compensation possible.
- ✕Erreur statique permanente : si G(s) diffère du modèle nominal, la sortie n'atteint pas la consigne.
- ✕Dérives paramétriques : vieillissement, température… Le système s'écarte progressivement du comportement désiré.
- ✕Absence d'auto-correction : aucun mécanisme de retour pour corriger les écarts.
Commande en boucle fermée — Architecture & Équations
La boucle fermée introduit une chaîne de retour qui mesure la sortie réelle et calcule en permanence l'écart (erreur) avec la consigne. Cet écart est traité par un correcteur qui génère la commande corrective. C'est le principe fondamental de l'asservissement.
L'erreur de poursuite est le signal fondamental de l'asservissement :
En exprimant Y(s) à partir du schéma (sans perturbation) :
Fonctions de transfert fondamentales & Problèmes fondamentaux
Un système asservi est caractérisé par plusieurs fonctions de transfert selon le signal d'entrée considéré (consigne R ou perturbation D) et la grandeur de sortie (Y ou ε).
| Nom | Définition | Expression | Rôle |
|---|---|---|---|
| FTBO | Fonction de transfert en boucle ouverte | FTBO(s) = C(s)·G(s)·H(s) | Analyse de stabilité (Bode, Nyquist) |
| FTBF | Sortie / Consigne (BF) | T(s) = C(s)G(s) / [1 + FTBO(s)] | Comportement en poursuite |
| FTBE | Erreur / Consigne | Tε(s) = 1 / [1 + FTBO(s)] | Calcul de l'erreur statique |
| FT Perturb. | Sortie / Perturbation | Td(s) = G(s) / [1 + FTBO(s)] | Rejet de perturbation |
Remarque fondamentale : le dénominateur de toutes ces fonctions de transfert est 1 + FTBO(s). C'est le polynôme caractéristique dont les racines (pôles de la FTBF) déterminent entièrement la stabilité et la dynamique du système asservi. Les pôles de la FTBF sont les racines de l'équation caractéristique : 1 + C(s)·G(s)·H(s) = 0.
Problème de la stabilité
Un système asservi peut devenir instable même si ses composants sont stables individuellement. La boucle peut amplifier des oscillations et diverger. Les pôles de la FTBF doivent tous avoir une partie réelle négative.
Performances d'un système régulé
Précision (erreur statique ε∞), rapidité (temps de réponse tr5%, temps de montée tm) et dépassement D% sont les trois critères clés évalués en régime transitoire et permanent.
Rôle du correcteur C(s)
Le correcteur est le seul degré de liberté du concepteur. Son choix détermine entièrement les propriétés de stabilité et de performance du système bouclé. C'est l'objet des chapitres suivants.
Le système du second ordre canonique est le modèle de référence de l'automatique. Tout système d'ordre supérieur est souvent approximé par ses pôles dominants.
| Paramètre | Symbole | Rôle | Effet sur la réponse |
|---|---|---|---|
| Pulsation propre | ωₙ (rad/s) | Fréquence naturelle d'oscillation | ↑ ωₙ → système plus rapide (tr5% ≈ 3/ωₙ) |
| Coefficient d'amortissement | ξ (sans dim.) | Caractérise l'amortissement des oscillations | ξ < 1 → sous-amorti, D% > 0 ; ξ ≥ 1 → pas de dépassement |
On considère un circuit RC série soumis à une tension d'entrée ue(t). La tension aux bornes du condensateur constitue la sortie us(t). On note R = 10 kΩ et C = 100 µF.
La loi des mailles donne l'équation différentielle :
- Q1Déterminer la fonction de transfert H(s) = Us(s) / Ue(s) en appliquant la transformée de Laplace (conditions initiales nulles).
- Q2Identifier le gain statique K et la constante de temps τ. Calculer leurs valeurs numériques.
- Q3Pour une entrée échelon Ue(s) = E/s avec E = 5 V, calculer la réponse Us(s) dans le domaine de Laplace, puis us(t) par transformée inverse.
- Q4Déterminer la valeur finale us(+∞) par le théorème de la valeur finale. Vérifier graphiquement la cohérence.
On applique la transformée de Laplace à l'équation différentielle RC·s·Us(s) + Us(s) = Ue(s), en supposant les conditions initiales nulles (us(0⁺) = 0) :
Par identification directe avec la forme canonique H(s) = K/(1 + τs) :
L'entrée échelon vaut Ue(s) = E/s = 5/s. On obtient :
Le théorème de la valeur finale stipule : limt→∞ f(t) = lims→0 s·F(s)
On considère un asservissement en boucle fermée à retour unitaire (H(s) = 1) avec :
- Q1Déterminer la FTBO(s) = C(s)·G(s)·H(s) et identifier la classe du système en boucle ouverte.
- Q2Calculer la FTBF T(s) = Y(s)/R(s) pour un retour unitaire H(s) = 1.
- Q3Calculer l'erreur statique ε∞ pour une entrée échelon unité R(s) = 1/s. Conclure sur la précision du système.
- Q4Pour Kp = 5, mettre la FTBF sous forme canonique du second ordre et identifier ωₙ et ξ.
Formule générale pour retour unitaire :
La fonction de transfert de l'erreur est : Tε(s) = 1 / [1 + FTBO(s)]
L'erreur en réponse à un échelon R(s) = 1/s vaut :
Pour Kp = 5 : T(s) = 50 / (0.1s² + s + 50). On divise par 0.1 :
On donne le schéma-blocs suivant avec une double boucle imbriquée :
Données : C(s) = Kp, G₁(s) = 1/(1 + 0.5s), G₂(s) = 2/(s), H₂(s) = 0.5, H₁(s) = 1 (retour unitaire global)
- Q1Réduire la boucle interne [G₁, G₂, H₂] en une seule fonction de transfert équivalente Tint(s).
- Q2En déduire la FTBO globale du système réduit.
- Q3Calculer la FTBF globale T(s) = Y(s)/R(s). Pour Kp = 2, mettre sous forme canonique et identifier ωₙ et ξ.
La chaîne directe interne est G₁(s)·G₂(s) (en série), la contre-réaction est H₂(s).
Le système réduit est : R(s) → Σ → C(s) → Tint(s) → Y(s) avec H₁(s) = 1.
Identification avec ωₙ²/(s²+2ξωₙs+ωₙ²) :
Un servomoteur à courant continu (MCC) est modélisé par les équations suivantes :
- Élec.Circuit d'induit : u(t) = R·i(t) + L·di/dt + e(t) avec e(t) = Ke·ω(t)
- Méca.Équation de mouvement : J·dω/dt = Cem(t) − f·ω(t) avec Cem = Km·i(t)
- SortieOn cherche la position : θ(t), avec dθ/dt = ω(t)
Données numériques : R = 2 Ω, L ≈ 0 (négligeable), J = 0.01 kg·m², f = 0.1 N·m·s, Ke = Km = 0.5
- Q1En négligeant L, exprimer I(s) en fonction de U(s) et Ω(s) dans le domaine de Laplace.
- Q2Exprimer Ω(s) en fonction de I(s). En déduire la fonction de transfert G(s) = Ω(s)/U(s).
- Q3En déduire la fonction de transfert H(s) = Θ(s)/U(s) (position/tension). Identifier le type du système.
- Q4En boucle fermée avec retour unitaire et correcteur C(s) = Kp = 10, calculer la FTBF et les pôles du système bouclé.
En Laplace avec L = 0 : U(s) = R·I(s) + Ke·Ω(s)
En Laplace : J·s·Ω(s) = Km·I(s) − f·Ω(s)
Puisque dθ/dt = ω → en Laplace : Θ(s) = Ω(s)/s
FTBO(s) = 10 · 25/[s(s+22.5)] = 250/[s(s+22.5)]
Stabilité des systèmes linéaires asservis
Critères mathématiques — Routh-Hurwitz — Nyquist — Bode — Marges de stabilité
Critère mathématique de stabilité — Pôles et plan de Laplace
Un système linéaire invariant (SLCI) est dit asymptotiquement stable si et seulement si, pour toute condition initiale non nulle, sa réponse libre tend vers zéro quand t → +∞. Cela se traduit par une condition simple sur les pôles de sa fonction de transfert en boucle fermée.
Condition de stabilité : le système est asymptotiquement stable si et seulement si toutes les racines du polynôme caractéristique (= pôles de la FTBF) ont une partie réelle strictement négative — elles sont dans le demi-plan gauche ouvert du plan de Laplace.
| Localisation des pôles | Type de stabilité | Réponse libre | Condition |
|---|---|---|---|
| Tous dans le demi-plan gauche strict | Asymptotiquement stable | Tend vers 0 | Re(sᵢ) < 0 |
| Sur l'axe imaginaire (simples) | Marginalement stable | Oscillations bornées | Re(sᵢ) = 0 |
| Un ou plusieurs dans le demi-plan droit | Instable | Diverge vers ±∞ | Re(sᵢ) > 0 |
Critère algébrique de Routh-Hurwitz — Méthode du tableau
Le critère de Routh-Hurwitz permet de conclure sur la stabilité d'un système sans calculer explicitement les racines du polynôme caractéristique. On construit un tableau à partir des coefficients, et on examine uniquement la première colonne.
- R1Condition nécessaire : tous les coefficients aᵢ du polynôme caractéristique doivent être non nuls et de même signe. Si un coefficient est nul ou négatif → système instable, arrêt immédiat.
- R2Construction du tableau : les deux premières lignes sont formées directement par les coefficients du polynôme (pairs/impairs). Les lignes suivantes se calculent par des déterminants 2×2.
- R3Condition suffisante : tous les éléments de la première colonne du tableau sont strictement positifs ⟹ système asymptotiquement stable.
- R4Comptage des instabilités : le nombre de changements de signe dans la première colonne est égal au nombre de racines dans le demi-plan droit (instables).
Critère de Nyquist — Lieu de Nyquist & Critère du revers
Le critère de Nyquist est un outil graphique fréquentiel. On trace le lieu de FTBO(jω) dans le plan complexe quand ω varie de 0 à +∞ (lieu de Nyquist), puis on observe la position du point critique (−1, j0) par rapport à cette courbe.
Critère de Nyquist : pour un système en boucle ouverte stable, la boucle fermée est stable si et seulement si le point (−1, j0) n'est pas entouré par le lieu de Nyquist (critère du revers simplifié : le point critique reste à gauche du lieu parcouru de ω=0 à ω=+∞).
Lieu de Nyquist
Courbe paramétrique FTBO(jω) dans le plan complexe, ω ∈ [0, +∞[. En pratique, on ne trace que la moitié supérieure (ω ≥ 0), la partie inférieure étant symétrique par rapport à l'axe réel.
Critère du revers
Pour un système à FTBO stable : la BF est stable si le point (−1, j0) reste à gauche du lieu de Nyquist parcouru dans le sens des ω croissants (de 0 à +∞).
Avantages du critère
Applicable aux systèmes d'ordre quelconque, aux systèmes avec retard pur, et permet une lecture graphique directe des marges de gain et de phase.
Diagramme de Bode — Lecture des marges
Le diagramme de Bode représente la réponse fréquentielle de la FTBO en deux graphes : le module en décibels et la phase en degrés, tous deux en fonction de log(ω). C'est l'outil pratique de référence pour déterminer les marges de stabilité.
Marges de stabilité — Définitions & Spécifications
Les marges de stabilité quantifient l'éloignement du système par rapport à la frontière d'instabilité. Elles permettent de concevoir des systèmes robustes, capables de rester stables malgré des variations paramétriques.
| Marge | Définition physique | Spécification courante | Conséquence si insuffisante |
|---|---|---|---|
| Gm (gain) | Facteur par lequel le gain peut être multiplié avant instabilité | Gm ≥ 6 dB (facteur ×2) | Faible robustesse aux variations de gain |
| Pm (phase) | Déphasage supplémentaire tolérable avant instabilité | Pm ≥ 45° | Fort dépassement, oscillations, instabilité |
- ✓Spécification courante : Gm ≥ 6 dB — le gain peut doubler avant instabilité.
- ✓Spécification courante : Pm ≥ 45° — garantit un dépassement D% ≤ 20% pour un système du 2ème ordre.
- ✓Relation approximative : Pm ≈ 100·ξ pour un 2ème ordre (Pm en degrés, ξ coefficient d'amortissement).
- ⚠Une marge de phase faible (Pm < 30°) entraîne un fort dépassement et des oscillations prononcées en régime transitoire.
On considère un système en boucle fermée dont le polynôme caractéristique est :
- Q1Vérifier que la condition nécessaire de Routh est satisfaite (tous coefficients positifs).
- Q2Construire le tableau de Routh pour P(s) = s³ + 6s² + 11s + K.
- Q3Déterminer la plage de valeurs de K pour laquelle le système est stable.
- Q4Pour la valeur de K critique, que se passe-t-il ? Calculer la pulsation d'oscillation.
P(s) = s³ + 6s² + 11s + K. Tous les coefficients sont : 1, 6, 11, K.
Tous les éléments de la 1ère colonne doivent être strictement positifs :
Pour K = 66, l'élément s¹ s'annule → la ligne s¹ est nulle → pôles sur l'axe imaginaire.
On donne la fonction de transfert en boucle ouverte :
- Q1Calculer le module et la phase de FTBO(jω) pour ω = 1 rad/s. En déduire une estimation de ωc (fréquence de coupure à 0 dB).
- Q2Calculer arg[FTBO(jω)] à la fréquence ωπ telle que la phase vaut −180°. Estimer ωπ.
- Q3Calculer la marge de gain Gm et la marge de phase Pm. Conclure sur la stabilité.
- Q4Quel gain K (à la place de 10) rendrait le système à la limite de stabilité ?
À ω_π = 4.47 rad/s, |FTBO| = 0.835 avec K=10. La limite est atteinte quand |FTBO(jω_π)| = 1 :
On donne la FTBO d'un système asservi :
- Q1Calculer FTBO(jω) sous forme algébrique a(ω) + jb(ω). Identifier la partie réelle et la partie imaginaire.
- Q2Montrer que le lieu de Nyquist est un demi-cercle. Donner son centre et son rayon en fonction de K.
- Q3Appliquer le critère du revers. Pour quelles valeurs de K le système est-il stable ?
- Q4Calculer la marge de gain Gm et la marge de phase Pm pour K = 1.
Posons x = Re = −K/(1+ω²) et y = Im = −K/[ω(1+ω²)]. On a 1+ω² = −K/x.
Le lieu coupe l'axe réel en deux points : (0, 0) (ω→∞) et (−K, 0) (ω→0⁺ non, en fait le demi-cercle extrémité gauche est (−K, 0)).
Le point critique est (−1, 0). Pour stabilité BF, (−1, 0) doit rester à gauche du lieu parcouru (ω croissant).
La phase de FTBO vaut −90° − arctan(ω). Elle n'atteint jamais −180° (elle tend vers −180° quand ω→∞ sans l'atteindre).
Performances des systèmes linéaires asservis
Précision — Rapidité — Dépassement — Système du 2ᵉ ordre — Exercices corrigés
Problématique générale des performances
Un asservissement doit satisfaire simultanément trois familles d'exigences : la stabilité (condition sine qua non), la précision en régime permanent, et la rapidité en régime transitoire. Ces objectifs sont souvent antagonistes : augmenter le gain améliore la précision mais dégrade les marges de stabilité et augmente le dépassement.
| Régime | Horizon temporel | Indicateurs clés | Outils d'analyse |
|---|---|---|---|
| Transitoire | t ∈ [0, tr5%] | D%, tm, tr5%, ts | Réponse indicielle, pôles FTBF |
| Permanent | t → +∞ | ε∞, erreur de vitesse | Théorème valeur finale, classe |
Précision d'un système asservi — Classe et erreur statique
La précision mesure la capacité du système à annuler, ou au moins réduire, l'erreur entre la consigne et la sortie en régime établi. Elle est quantifiée par l'erreur statique ε∞ et dépend directement du nombre d'intégrateurs en boucle ouverte, appelé la classe du système.
La classe d'un système est le nombre p d'intégrateurs (pôles en s=0) dans la FTBO. On écrit FTBO(s) = K · N(s) / [sp · D(s)] avec N(0) ≠ 0, D(0) ≠ 0 et p ∈ {0, 1, 2, …}.
| Classe p | Consigne échelon r(t)=A·u(t) | Consigne rampe r(t)=Vt·u(t) | Consigne parabolique r(t)=½at² |
|---|---|---|---|
| p = 0 Classe 0 |
ε∞ = A / (1 + Kp) Non nulle |
ε∞ → +∞ Diverge |
ε∞ → +∞ |
| p = 1 Classe 1 |
ε∞ = 0 Nulle ✓ |
ε∞ = V / Kv Non nulle |
ε∞ → +∞ |
| p = 2 Classe 2 |
ε∞ = 0 Nulle ✓ |
ε∞ = 0 Nulle ✓ |
ε∞ = a / Ka Non nulle |
Rapidité et dépassement — Indicateurs temporels
La rapidité d'un asservissement se mesure sur la réponse indicielle (réponse à un échelon unité). Les indicateurs temporels clés sont définis ci-dessous et dépendent des pôles de la FTBF.
Temps de montée tm
Temps mis pour passer de 10% à 90% de la valeur finale (ou premier franchissement de la valeur finale). Indicateur de rapidité initiale.
Temps de pic tp
Instant du premier maximum. Pour un 2ème ordre : tp = π / ωd où ωd = ωₙ√(1−ξ²) est la pulsation propre amortie.
Dépassement D%
Écart relatif du premier maximum par rapport à la valeur finale. Mesure les oscillations. Critère souvent imposé : D% ≤ 10–20%.
Temps de réponse tr5%
Dernier instant où la réponse sort de la bande ±5% autour de la valeur finale. C'est l'indicateur de rapidité globale le plus usité.
Système du 2ᵉ ordre canonique — Formules et abaques
La très grande majorité des systèmes asservis industriels se ramène, par approximation, à un modèle du 2ème ordre, caractérisé par deux paramètres : la pulsation naturelle ωₙ et le coefficient d'amortissement ξ.
| ξ | D% | Caractère | Usage typique |
|---|---|---|---|
| ξ < 0 | — | Instable | — |
| 0 < ξ < 0.5 | > 16% | Sous-amorti oscillant | À éviter (sauf cas spéciaux) |
| 0.5 ≤ ξ ≤ 0.8 | 1.5% – 16% | Bon compromis ★ | Objectif de conception |
| ξ = 1 | 0% | Amorti critique | Réponse la plus rapide sans dépassement |
| ξ > 1 | 0% | Sur-amorti | Lent mais sans oscillations |
Influence du gain K sur les performances : Pour FTBO(s) = K/[s(s+a)], la FTBF donne ωₙ = √K et ξ = a/(2√K). Augmenter K → ωₙ ↑ (plus rapide) MAIS ξ ↓ (plus oscillant, plus de dépassement). Il existe donc une valeur optimale K* qui maximise les performances globales.
On considère trois asservissements à retour unitaire dont les FTBO sont :
- Q1Déterminer la classe de chaque système (A, B, C) en identifiant le nombre d'intégrateurs dans la FTBO.
- Q2Calculer, pour chaque système, l'erreur statique ε∞ en réponse à un échelon unité r(t) = u(t).
- Q3Calculer l'erreur de vitesse ε_v pour chaque système soumis à une rampe r(t) = t.
- Q4Le système B est-il stable en boucle fermée ? Vérifier avec le critère de Routh.
Pour un retour unitaire : ε∞ = 1 / (1 + Kp) avec Kp = lim[s→0] G(s)
ε_v = 1 / Kv avec Kv = lim[s→0] s·G(s)
FTBF(s) = FTBO / (1+FTBO) = 4/[s(s+2)] / (1 + 4/[s(s+2)]) = 4 / (s²+2s+4)
Un asservissement à retour unitaire possède la FTBF :
- Q1Identifier ωₙ et ξ par identification avec la forme canonique du 2ᵉ ordre.
- Q2Calculer le premier dépassement D% et l'instant tp où il se produit.
- Q3Estimer le temps de réponse à 5% (tr5%).
- Q4Calculer la valeur finale de la sortie y(∞) pour un échelon d'amplitude 2.
Forme canonique : s² + 2ξωₙs + ωₙ² — On identifie terme à terme avec s²+3s+9.
Formule approchée pour 0.3 ≤ ξ ≤ 0.8 :
Gain statique de T(s) : T(0) = 9/9 = 1 (système précis, classe 1 de la BO implicite).
Un servomoteur est modélisé, à retour unitaire, par la FTBO :
- Q1Calculer la FTBF T(s) en fonction de K. Identifier ωₙ(K) et ξ(K).
- Q2Déterminer la valeur de K pour obtenir un dépassement D% = 16.3% (ξ = 0.5).
- Q3Pour ce gain K, calculer tp, tr5% et y_max.
- Q4Quelle valeur de K conduit à un amortissement critique (ξ = 1, sans dépassement) ? Comparer les temps de réponse.
Correction des systèmes linéaires asservis
CDC — Actions P·I·D — Correcteurs PI · PD · PID — Retard/Avance de phase — Ziegler-Nichols
Cahier des charges d'un asservissement
Le cahier des charges (CDC) définit l'ensemble des exigences quantitatives auxquelles doit satisfaire le système corrigé. Il est le point de départ de toute synthèse de correcteur. Les cinq exigences fondamentales sont :
| Exigence | Indicateur | Valeur typique | Outil de vérification |
|---|---|---|---|
| Stabilité | Pm, Gm | Pm ≥ 45°, Gm ≥ 6 dB | Bode, Nyquist, Routh |
| Précision | ε∞ | 0 ou < 5% | Théorème valeur finale |
| Rapidité | tr5%, ωc | Selon application | Réponse indicielle, Bode |
| Dépassement | D% | ≤ 10–20% | Réponse indicielle, ξ |
| Perturbation | Atténuation | Dépend du process | FTBF de perturbation |
Actions correctives élémentaires P — I — D
Toute correction repose sur trois actions fondamentales, souvent combinées. Chaque action agit différemment sur le module et la phase de la FTBO, influençant ainsi stabilité, précision et rapidité.
Action Proportionnelle (P)
C(s) = Kp. Gain constant, phase nulle. Réduit l'erreur statique pour les systèmes de classe ≥ 1. Augmenter Kp améliore la précision mais dégrade les marges.
Action Intégrale (I)
C(s) = Ki/s. Pente −20 dB/déc, phase constante −90°. Annule l'erreur statique (remonte la classe d'un rang) mais déphase et déstabilise.
Action Dérivée (D)
C(s) = Kd·s. Pente +20 dB/déc, phase +90°. Améliore la marge de phase et l'amortissement, mais amplifie le bruit haute fréquence. Jamais utilisé seul.
Règle fondamentale : chaque action élémentaire améliore un critère tout en dégradant un autre. L'action I annule l'erreur mais destabilise (−90° de phase supplémentaire). L'action D avance la phase mais amplifie le bruit. C'est pourquoi on utilise des correcteurs combinés : PI, PD ou PID.
Correcteur PI — Retard de phase (lag compensator)
Le correcteur PI combine l'action proportionnelle (rapidité) et l'action intégrale (précision). Il élève la classe du système d'un rang, supprimant ainsi l'erreur statique sur les consignes en échelon, au prix d'un léger retard de phase en basse fréquence.
Correcteur PD — Avance de phase (lead compensator)
Le correcteur PD améliore la marge de phase et l'amortissement du système en avançant la phase de la FTBO dans la zone de la fréquence de coupure à 0 dB. Il accélère la réponse et réduit le dépassement, au prix d'une amplification du bruit haute fréquence.
Correcteur PID complet — Méthode de Ziegler-Nichols
Le correcteur PID combine les trois actions : il offre le meilleur compromis entre précision (I), rapidité (P) et amortissement (D). Son réglage peut se faire par deux méthodes classiques de Ziegler-Nichols ou par synthèse fréquentielle sur le diagramme de Bode.
Méthodes de Ziegler-Nichols — deux approches de réglage pratique :
| Correcteur | Précision (ε∞) | Rapidité | Dépassement | Stabilité | Bruit |
|---|---|---|---|---|---|
| P | Réduite (non nulle cl.0) | Améliorée | ↑ Kp | Dépend Kp | Neutre |
| PI | ε∞ = 0 ✓ | Légèrement réduite | ↑ léger | ↓ (−90° BF) | Neutre |
| PD | Inchangée | ↑↑ Améliorée | ↓ D% réduit | ↑ Pm meilleure | ↑ Amplifié |
| PID | ε∞ = 0 ✓ | ↑↑ Améliorée | D% contrôlé | Bon compromis | ↑ modéré |
Un système à retour unitaire a la FTBO suivante :
- Q1Calculer l'erreur statique ε∞ en réponse à un échelon unité. Comment varie-t-elle avec Kp ?
- Q2Calculer le polynôme caractéristique de la FTBF. Appliquer le critère de Routh pour trouver la plage de Kp stabilisant le système.
- Q3Pour Kp = 1, déterminer ωₙ et ξ. Calculer D% et tr5%.
- Q4Conclure sur le compromis précision/stabilité apporté par le correcteur P seul.
Kp_statique = lim[s→0] FTBO(s) = Kp/[(1)(1)] = Kp
FTBF = Kp/[(1+2s)(1+0.5s)] / (1 + Kp/[(1+2s)(1+0.5s)])
Dénominateur : (1+2s)(1+0.5s) + Kp = s²·(2×0.5) + s·(2+0.5) + 1 + Kp
P(s) = s² + 2.5s + 2 → ωₙ² = 2 → ωₙ = √2 ≈ 1.41 rad/s
Le correcteur P seul améliore la précision quand Kp ↑, mais ne peut jamais annuler ε∞ (classe 0 reste 0). Ce système restant stable pour tout Kp>0, on peut augmenter Kp, mais :
- ξ diminue → dépassement augmente
- tr5% s'améliore légèrement puis se dégrade
Un procédé thermique est modélisé par :
- Q1Choisir Ti = 10 s (annulation du pôle dominant). Calculer la FTBO simplifiée.
- Q2Calculer la FTBF résultante. Identifier ωₙ et ξ en fonction de Kp.
- Q3Déterminer Kp pour obtenir ξ = 0.7. Calculer D% et tr5%.
- Q4Vérifier que l'erreur statique ε∞ = 0 avec ce PI pour un échelon. Quel est le gain statique en BF ?
C_PI(s) = Kp·(10s+1)/(10s) | G(s) = 5/(1+10s)
FTBF = (Kp'/s) / (1 + Kp'/s) = Kp' / (s + Kp') — système du 1ᵉʳ ordre !
Pour un 1er ordre, tr5% = 3τ_BF = 3×(2/Kp) = 6/Kp. Si on cible tr5% ≤ 3 s → Kp ≥ 6/3 = 2.
Gain statique BF : T(0) = 1/(1+0) = 1 → la sortie atteint exactement la consigne.
Un asservissement possède la FTBO non corrigée suivante :
- Q1Calculer la fréquence de coupure ωc et la marge de phase Pm actuelles (sans correcteur).
- Q2On veut Pm_cible = 50°. Calculer l'avance de phase nécessaire Δφ. En déduire le paramètre b du correcteur avance de phase.
- Q3Calculer τ pour positionner ωmax sur ωc. Écrire la fonction de transfert du correcteur C_lead(s).
- Q4Écrire la FTBO corrigée et vérifier la nouvelle marge de phase. Comparer les réponses indicielles avant/après.
|FTBO₀(jωc)| = 1 → 10/[ωc·√(1+0.25ωc²)] = 1 → 100 = ωc²(1+0.25ωc²)
Le correcteur ajoute +9.5 dB en HF → la nouvelle ωc sera légèrement différente. On place ωmax sur la ωc actuelle :